Plonger

Sarah Deveaux | Cie Menteuses

« Comme dans le jeu de l’enfance, on retrouve une sorte d’espace-temps qui s’ouvre autrement. Il y a un rapport à la joie et à la simplicité, où l’on se dit que « tout est possible » grâce à l’imagination. » 

Plonger est un essai aquatique qui se passe autour d’une piscine. Au fond, parfois. Sur un plongeoir, souvent. L’univers de la piscine – complètement décalé et onirique – est à la fois le fond et la forme de l’histoire. Dans une atmosphère nocturne et surréaliste empreinte de beaucoup d’humour, deux personnages font revivre cette piscine abandonnée, presque en friche, par leur errance et leur quête philosophique : l’Insomniaque en maillot de bain et le Concierge des lieux. Le plateau devient un espace mental, où la lisière entre conscient et inconscient se trouble.

Comment serions-nous, si nous n’avions pas peur ? De quoi sommes-nous capables ?

Plonger, c’est cet instant suspendu, instant du vide, l’instant du risque. Le moment de suspens où une chose est finie et l’autre n’a pas commencé.

Prochaines dates de spectacles :

Théâtre Varia, Bruxelles décembre 23
Maison de la culture de Tournai 19/12/23
Le Columban, Wavre 26/01/24
Studio Happés, Aigues-Vives (France) juin 2024


Interview

Pourquoi avoir choisi cette photo ? Comment vous ramène-t-elle à l’enfance et qu’évoque-t-elle pour vous ?

Il s’agit d’une plage où on allait tous les étés quand j’étais petite, sur une île du côté de la Bretagne et de la Vendée. Pour moi, c’est vraiment l’endroit par excellence de l’enfance et plus particulièrement du jeu. J’ai oublié ce que c’était de pouvoir s’oublier sur la plage avec juste le jeu et la baignade.

Le théâtre, un jeu d’enfant ? Que vous évoque le mot « jeu » ?

Lors de la première résidence au plateau de Plonger, je ressentais beaucoup de joie malgré la source de stress importante que cela implique d’être porteuse de projet. Car même s’il y a, évidemment, beaucoup de choses à mettre en place, une logistique très lourde… c’est pour ces moments précieux qu’on y retourne, c’est comme si on était dans notre chambre d’enfant. Jusqu’à présent, ce mot « jeu » s’était très professionnalisé, je ne voyais plus forcément le rapport à l’enfance. Pour moi, le jeu c’est principalement une formation, des savoir-faire, savoir jouer avec la théâtralité, l’émotion et je l’ai vraiment inscrit comme un métier, comme quelque chose qui peut être une source de trac énorme.

Le jeu est l’espace transitionnel par excellence, l’espace des potentiels : quel lien faites-vous entre vos jeux dans l’enfance et le jeu de l’actrice que vous êtes devenue ?

Dans ma manière de travailler au plateau, je passe beaucoup par de longues et grandes impros. Et, malgré un cadre donné, lorsqu’on se plonge dans ces impros, il y a un oubli de quelque chose, de l’adulte ou du temps qui s’installe et même du jugement. Comme dans le jeu de l’enfance, on retrouve une sorte d’espace-temps qui s’ouvre autrement. Il y a un rapport à la joie et à la simplicité, où l’on se dit que « tout est possible » grâce à l’imagination. Je trouve que l’adulte a aussi mille fantasmes, mille capacités d’imaginaire et qu’il faut s’autoriser à y croire.

En tant que metteuse en scène/porteuse de projet, quelles sont vos règles du jeu, quels sont les critères de jeu que vous partagez avec l’ensemble de l’équipe artistique ?

Ayant été longtemps interprète, j’apprends beaucoup sur ce projet parce que je découvre comment je souhaite partager mes règles du jeu. Pour créer Plonger, je me suis nourrie et inspirée de nombreuses recherches que j’ai faites et que j’ai pu partager avec l’équipe. Car c’est important pour moi que l’on ait une source commune de langage et voir comment le mener au concret du plateau et comment l’actualiser dans le jeu. J’accorde beaucoup de confiance au travail en équipe. cette photo pour vous ? Comment vous ramène-t-elle à l’enfance ?

Quel est l’enjeu de cette nouvelle création pour vous ?

De pouvoir créer un endroit qui mélange le langage de ce qui se raconte en corps et en mots, qu’il y ait une hybridité qui prenne vraiment. Je mets aussi beaucoup d’énergie dans la préparation des résidences car j’accorde une grande importance au processus de création afin que chacun·e puisse se sentir libre d’y apporter sa fantaisie et son univers. Je souhaite vraiment que ce processus soit éthique, intense et intéressant pour toutes et tous. Et aussi d’oser et d’accepter de prendre cette place de cheffe d’orchestre, de leadeuse de ce projet et de ne pas m’excuser de ça.

Jouer le « je » ? À quel endroit d’engagement vous situez-vous par rapport à votre métier ou à cette création ?

C’est sous ce prisme intime que j’aborde mon travail pour, ensuite, parvenir à faire plus grand sinon ce n’est pas très intéressant. Tout au long du projet, même les temps entre les résidences sont dédiés au projet, j’ai l’impression que chaque chose qui n’est pas liée au projet est presque du temps de perdu.

Cette nouvelle création s’apparente plutôt à un jeu collectif ou à un jeu solitaire ?

Je dirais quand même un jeu solitaire. Dans le sens où c’est un travail de recherches qui dure depuis 2 ans et demi et où, entre les temps de résidences, je me retrouve seule face à ce projet. Et, en même temps, je dirais un jeu collectif car je suis très entourée et que j’accorde beaucoup d’importance au travail en équipe sur le plateau.

Un jeu d’enfance qui vous a marqué ?

Il s’agit d’un jeu inventé avec ma sœur, un jeu avec des crocodiles et qui consistait à sauter d’un lit à l’autre, les lits s’éloignaient au fur et à mesure, et il ne fallait pas tomber au milieu sinon on se faisait dévorer par les crocos.

Quel est votre meilleur·e partenaire de jeu ?

Mon corps. Pas uniquement dans le rapport physique et corporel mais au sens poétique car il peut être vecteur de tellement plus grand qu’un corps justement.

Qu’avez-vous gardé de votre enfance ?
Tellement de choses… Mais je dirais de la joie !

À vous de jouer : s’il y avait une question essentielle selon vous à vous poser, quelle serait-elle ? Et la réponse serait… ?

La question serait « c’est quoi le problème ? » et j’y répondrais par « qu’est-ce qui est important ? ». Je trouve que c’est une grande question avec plusieurs réponses possibles qui sont assez essentielles finalement. Pourquoi, par exemple, j’ai besoin d’écrire Plonger, qui aide à répondre aux enjeux, aux nécessités d’écrire une pièce ou pas !


Distribution :

conception et réalisation Sarah Devaux collaboration à la mise en scène Mélissa Von Vépy dans le rôle de l’insomniaque en maillot de bain Sarah Devaux dans le rôle du concierge de la piscine Marcel Vidal Castells construction du décor Neil Price scénographie Camille Collin, Neil Price et Charlotte Perrin conseil à la dramaturgie Yvain Juilliard (dans le cadre d’écriture en campagne-SACD) création sonore Noé Voisard création lumière Thibault Condy réalisation des costumes Camille Collin production et diffusion Cécile Imbernon – La Chouette Diffusion administration Myriam Chekhemani – La Chouette Diffusion

Mentions :

production Cie Menteuses résidences et coproductions maison de la culture de Tournai/maison de création, Théâtre Varia, Le Sirque – Pôle national cirque Nexon, UP – Circus and Performing Arts, Bourse Écriture en campagne résidences Le Château de Monthelon Montréal – Atelier international de création artistique, Théâtre des Doms-Fédération Française Wallonie-Bruxelles Avignon, Cie Happés-Mélissa Von Vépy Aigues-Vives, Théâtre des Franciscains Béziers, Le Columban Wavre soutiens SACD-Soutien à l’écriture Spectacle vivant, La Piste aux Espoirs, Latitude 50, La Chaufferie-Acte1, SACD et SSA, Wallonie-Bruxelles International