Intérieur

de Maurice Maeterlinck

Héloïse Jadoul

© Pierre-Yves Jortay

Partant du constat que notre rapport à la mort aujourd’hui est trop souvent soit inexistant, soit relégué au rang d’affaire personnelle, la metteuse en scène a le désir de dialoguer avec la pièce Intérieur pour interroger la place de l’intime et du commun dans notre relation aux défunts et face à l’annonce de la mort.
Intérieur nuit. Une veillée sous la lampe. L’Enfant dort. Le Père, la Mère et les deux jeunes Filles attendent. De l’autre côté des fenêtres, le Vieillard et l’étranger attendent eux aussi, dépositaires d’une sombre annonce : le corps sans vie d’une jeune fille vient d’être repêché dans le fleuve.

Comment l’annoncer ? Comment faire pénétrer le malheur dans ce foyer tranquille ? Les petites filles du Vieillard, Marthe et Marie, arrivent à leur tour, annonçant du même coup l’arrivée imminente de la Foule qui porte le corps. L’arrivée effective de celle-ci termine de persuader le Vieillard d’entrer dans la maison et d’apporter la triste nouvelle.

Interview

« Passer du temps dans un cimetière, c’est également une manière pour moi de me reconnecter avec le passé, avec les morts et de faire du lien avec les générations. »

Comment habitez-vous le temps ?
Dans la vie de tous les jours, mon rapport au temps est plutôt dans l’urgence même si je prône l’importance de prendre le temps. Lorsque je fais le choix de monter des auteurs morts du siècle passé, c’est une façon pour moi de me relier au temps qui passe et qui est passé, de le faire revenir aujourd’hui et donc d’une certaine manière de prendre un temps de réflexion. Passer du temps dans un cimetière, c’est également une manière pour moi de me reconnecter avec le passé, avec les morts et de faire du lien avec les générations. Je ressens ainsi le fait de faire partie d’une ligne du temps plus longue que la mienne. Je ne suis pas croyante ni pratiquante mais je trouve que dans le sacré, il y a une possibilité de se connecter les uns aux autres.

À quel moment avez-vous eu l’idée de vous lancer dans votre projet de création ?
Le premier projet que j’ai mené était très lié à la religion, j’avais interviewé un ami proche de ma famille qui était prêtre. Au moment de la création du spectacle, il a appris qu’il avait une tumeur et qu’il lui restait entre 3 et 6 mois   vivre. Pendant la création du spectacle, j’étais beaucoup en contact avec lui jusqu’à ce qu’il décède des suites de cette maladie quelques semaines après la fin de la création. En même temps que le deuil de mon premier spectacle, j’ai fait celui de cette personne dont j’étais très proche. Cela m’a donc énormément questionnée sur notre rapport à la mort aujourd’hui et sur la manière dont mes proches et moi avions réagi à la mort de notre ami.

Comment appréhendez-vous ce « temps éphémère » passé au plateau par rapport au « temps long » passé à la conception du spectacle ?
Il y a un contraste assez violent entre le temps mené pour une création, ce que cela représente dans notre vie, et le temps court de la représentation à laquelle le public a accès. J’explique d’ailleurs souvent, lorsque j’anime des scolaires ou des ateliers, qu’un spectacle ne s’arrête pas uniquement aux représentations, c’est quelque chose qui se renouvelle en permanence. Le fait de mener des ateliers permet de s’inscrire dans la vie des gens autrement : les témoignages qui en ressortent, prouvent l’impact de ces rencontres dans la vie des gens et c’est rassurant.

Avez-vous la notion du temps ?
Je suis toujours à l’heure, voire en avance ! Par contre, je n’ai jamais de temps mort. Avec ma petite fille d’un an, c’est la première fois que j’ai l’impression que le temps est tangible ; chaque jour est une notion beaucoup plus intense, ça inscrit le temps d’une autre manière.

Pour vous, qu’est-ce que le temps perdu ?
Ma manière de répondre à la peur du temps perdu, c’est d’être vraiment dans le lien car c’est en constante évolution et cela m’apaise ; se raccrocher aux relations, à l’humain.

Qu’est-ce qui a fait son temps ?
Le patriarcat, dans le sens « structure qui ne se remet pas en question ». Je prône vraiment la remise en question et l’espace pour le doute.

Quand avez-vous l’impression d’avoir tout votre temps ?
Au début du confinement, c’était la première fois de ma vie que j’étais pleinement détendue. Après sont venues d’autres questions, mais dans un premier temps, j’ai eu l’impression de ne rien rater en ne faisant rien et j’ai réussi à vivre pleinement au présent.

Que faites-vous tout le temps et qui vous définit ?
J’adore manger ! Je trouve ça vraiment passionnant. J’ai un rapport à la vie qui est vorace et gourmand ; mon rapport à la nourriture définit assez bien mon rapport à la vie !

Si vous deviez vous rappeler un temps fort ?
Récemment, un des temps les plus intenses c’était mon accouchement car les notions de vie et de mort m’ont traversée…

Il est temps de… reconnaître la puissance de la douceur.

Distribution

Texte : Maurice Maeterlinck

Projet initié par Héloïse Jadoul et conçu avec l’équipe suivante > Interprétation : Sarah Grin, Ophélie Honoré, Manon Joannotéguy et Alexandre Trocki et une dizaine de participant.e.s bruxellois.e.s – Régie plateau : Sandrine Nicaise – Régie lumière : Aumaury Baronnet – Régie son : Jérémy Michel – Création sonore : Olmo Missaglia – Création lumière et régie générale : Angela Massoni – Scénographie et costumes : Bertrand Nodet – Construction décor : Olivier Waterkeyn, Boris Dambly, Eugénie Obolensky, Sébastien Munck – Création chorégraphique : Lorenzo De Angelis – Stagiaire assistanat à la mise en scène : Mizuki Kondo – Mise en scène : Héloïse Jadoul

Remerciements : Luc Roussel, Léonce Wapelhorst et Maxime Deckers – Production : Théâtre de la Balsamine – Coproduction : Mars – Mons arts de la scène, maison de la culture de Tournai/maison de création, Coop asbl – Shelter prod – Soutiens : Fédération Wallonie-Bruxelles – Service du Théâtre, Taxshelter.be, ING, Tax-Shelter du Gouvernement fédéral belge